Aspect dynamique de la régulation des émotions
Niveaux d’action des processus de régulation des émotions
Différentes stratégies de régulation des émotions existent. Dans le modèle de processus de régulation des émotions, développé par Gross (1998), nous pouvons agir au niveau :
De la sélection de la situation qui génère les émotions, en les privilégiant ou en les évitant.
De la modification de la situation pour changer son impact émotionnel.
Du déploiement attentionnel en orientant notre attention.
De la réévaluation cognitive en interprétant la situation.
De la modulation de la réponse sur la manière dont nous exprimons nos émotions.
Ces stratégies peuvent sembler déclenchées « d’en haut ». En effet, le modèle ne dit pas comment ces diverses stratégies de régulation des émotions sont effectivement démarrées ou arrêtées :
Qu’est-ce qui déclenche la régulation des émotions ?
Qu’est-ce qui dirige les stratégies spécifiques de régulation des émotions ?
Pourquoi certaines personnes parviennent-elles à réguler leurs émotions alors que d’autres ne parviennent pas à le faire comme elles le devraient ?
Systèmes d’évaluation des processus de régulation des émotions
Le modèle de processus étendu de la régulation des émotions part de l’idée que les émotions impliquent une évaluation. Selon Elliot (2006), la longue histoire évolutive de l’humanité semble avoir abouti à de multiples niveaux de mécanismes d’évaluation basés sur la valence. La question est de savoir si la situation est bonne ou mauvaise pour soi.
Ces systèmes d’évaluation vont différer sur de nombreux points importants. Ils s’intéressent à différents types d’intrants. Ils diffèrent également :
Par l’échelle de temps sur laquelle ils fonctionnent
Par leur plasticité (dans quelle mesure ils changent en fonction de l’expérience).
Par les actions qu’ils déclenchent lorsqu’ils rencontrent un intrant significatif (un intrant pertinent pour ce système d’évaluation particulier) (Ochsner & Gross, 2014).
Ces systèmes d’évaluation partagent un certain nombre de caractéristiques essentielles.
Dans ce schéma :
« W » (world) fait référence au monde interne ou externe.
Cette caractéristique correspond à la situation.
« P » (perception) fait référence à la perception de tout ce que le système d’évaluation est réglé pour voir.
Cette caractéristique correspond à l’attention.
« V » (value) fait référence à une évaluation de cette perception comme étant indifférente, bonne ou mauvaise pour soi. Plus précisément, l’évaluation implique la juxtaposition d’une représentation du monde avec une représentation d’un état désiré du monde (un but ou un état cible).
Cette caractéristique correspond à l’appréciation.
« A » (action) fait référence aux impulsions d’action engendrées par cette évaluation dans le but de combler l’écart entre l’état perçu du monde et l’état désiré du monde :
Certaines de ces actions peuvent être « mentales » (par exemple, l’augmentation de la force d’activation d’une représentation particulière)
D’autres actions peuvent être « physiques » (par exemple, l’accélération cardiaque ou l’extension d’un membre).
Aspect dynamique des systèmes d’évaluation
Le plus important dans cette conception de l’évaluation est son aspect dynamique.
Dans chaque cycle d’évaluation, les changements dans les « W » entrainent des changements dans la perception, qui se répercutent sur l’évaluation et l’action ultérieures. Ainsi, le premier cycle de valorisation est noté W1.1-P1.1-V1.1-A1.1, le second est noté W1.2-P1.2-V1.2-A1.2, et ainsi de suite.
Le système d’évaluation se répète indéfiniment. Cependant, un système d’évaluation devient inactif lorsque l’écart entre l’état du but ou de la cible, et le monde qui a conduit à l’évaluation initiale est inférieur au seuil de ce système d’évaluation.
Au cours de notre vie quotidienne, de nombreux systèmes d’évaluation différents sont généralement actifs simultanément. Chacun d’entre eux est sensible à différents aspects d’une situation donnée, et chacun active des impulsions d’action correspondant à sa propre évaluation de cette situation.
La notion de systèmes d’évaluation en interaction
L’activation simultanée de plusieurs systèmes d’évaluation conduit souvent ces derniers à interagir :
Parfois, les systèmes d’évaluation se renforcent mutuellement. Par exemple, lorsqu’un élève travaille sur un document avec un ami, sa joie de passer du temps avec lui le pousse à concentrer ses pensées et à rédiger le document commun.
À d’autres moments, les systèmes d’évaluation tirent dans des directions différentes et leurs résultats d’action divergents se concurrencent. Par exemple, un élève doit étudier pour une évaluation et en même temps, il doit aller à un entrainement sportif. Il doit concilier deux motivations opposées. Cette situation peut être résolue de manière passive (l’impulsion d’action la plus forte l’emporte) ou peut nécessiter l’intervention d’un autre système d’évaluation.
La notion de systèmes d’évaluation en interaction est au cœur du modèle de processus étendu de la régulation des émotions. Selon ce modèle, les émotions sont instanciées par des systèmes d’évaluation.




