Du bon usage des incitations face aux intentions de changement
Selon Rolf Dobelli (« The Art of Thinking Clearly », 2014), les bons systèmes d’incitation comprennent à la fois l’intention et la récompense liées au changement.
Les élèves réagissent beaucoup plus fortement aux incitations qu’aux principes. Cependant, si le système de récompense ou de sanction est mal conçu, même les élèves bien intentionnées adopteront des comportements contreproductifs.
L’importance du lien entre intentions et récompenses
Rolf Dobelli (2014) souligne que pour concevoir ou évaluer un système d’incitation, il faut comprendre à la fois :
L’intention du système : ce qu’il cherche à produire comme changement
La récompense réelle qu’il délivre : ce qu’il encourage effectivement.
L’intention n’est pas la récompense. Une erreur fréquente consiste à estimer que le système récompense ce qu’il vise à récompenser.
Dans un contexte scolaire, les élèves ne réagissent pas à l’intention morale ou stratégique. Ils répondent à la récompense concrète (qu’elle soit symbolique, émotionnelle ou qu’elle se traduise par de meilleures notes).
Dès lors, si nous voulons déterminer ce qu’un système valorise vraiment, nous ne pouvons pas simplement regarder ce qu’il prétend valoriser sur le papier, mais ce qu’il récompense effectivement dans les faits :
L’intention reflète la finalité officielle du système : ce qu’on veut encourager comme comportements d’apprentissage chez les élèves.
La récompense réelle révèle ce qui provoque effectivement certains comportements répétés.
Tout fonctionne pour le mieux lorsque les comportements répétés correspondent à ceux qui rencontrent l’intention. Cependant, des dérives apparaissent précisément quand ces deux dimensions ne coïncident pas.
Lorsqu’il s’agit de comprendre pourquoi les élèves agissent d’une certaine manière, il faut analyser les récompenses réelles, non les discours officiels des porteurs du projet.
Dès lors, un bon système d’incitation :
Aligne l’intention déclarée et la récompense effective
Rend visible les incitations cachées qui produisent des comportements non désirés
Évite que les élèves détournent le système et le rendent contreproductif
Les individus ne sont pas purement rationnels, ils sont sensibles :
Aux récompenses immédiates
À la comparaison sociale,
À la perte perçue plus qu’au gain équivalent (aversion à la perte).
Un bon système d’incitation prend en compte ces biais, plutôt que de supposer une rationalité parfaite. Il doit :
Récompenser les résultats à long terme plutôt que les gains immédiats
Intégrer des mécanismes de responsabilisation
Être transparent et compréhensible.
Définir des intentions de changement et les incitations correspondantes
L’introduction d’incitations intervient souvent lorsque nous avons des intentions de changement. Dans ce cadre, nous avons tendance à nous concentrer sur les problèmes. Nous cherchons ce qui empêche les élèves de se comporter comme nous le souhaitons plutôt que de nous concentrer sur les exemples de réussite.
La science du comportement met en lumière le fait que souvent, la meilleure façon de changer les comportements est de se concentrer sur les points positifs et de les renforcer.
Naturellement, la plupart des êtres humains vont être tentés par la voie la plus facile. Si nous délivrons des incitations qui facilitent la reproduction de ces réussites et l’adoption des comportements attendus, nous pourrons obtenir davantage de changements que nous souhaitons.
Changer les habitudes demande de s’investir dans une pratique délibérée qui demande des efforts. Soutenir ces efforts par des incitations sous forme de renforcement positif peut faciliter le fait de fournir ses efforts jusqu’à ce que les automatismes s’installent et que les nouvelles habitudes soient créées.
Il existe différentes précautions que nous pouvons prendre lorsque nous explorons un tel système d’incitations :
L’incitation suppose une cible réaliste :
Quel est le comportement que nous voulons changer ?
Quel est le comportement de remplacement que nous souhaitons voir se généraliser ?
Comment pouvons-nous former, supporter, coacher et aider les élèves à développer de telles compétences ?
L’incitation correspond à un objectif :
Suis-je raisonnablement certain (données probantes à l’appui) que le changement de comportements espéré va me permettre de m’approcher effectivement de mes objectifs ?
Nous devons nous méfier de l’erreur fondamentale d’attribution. Dans quelle mesure, le changement de comportement va-t-il réellement se traduire en l’impact espéré ?
L’incitation doit avoir un impact sur la motivation et les émotions des élèves.
De quelle manière permet-elle de nourrir leurs sentiments d’appartenance, de compétence et d’autonomie ?
Comment les élèves se sentent-ils maintenant, et comment voulons-nous qu’ils se sentent ?
Comment l’adoption du comportement peut-elle se manifester par un mieux-être que l’incitation vient mettre en évidence ?
L’incitation correspond à un coût d’opportunité favorable :
De quelle manière le changement de comportement souhaité correspond-il à une meilleure efficience ?
Si le changement de comportement implique de nouvelles actions et de nouvelles tâches plus fonctionnelles, lesquelles peuvent être retirées et deviennent obsolètes ?
Que pouvons-nous mettre en place pour nous assurer que les individus ne se sentiront pas submergés ou épuisés par le changement souhaité ?
L’incitation correspond à des modèles de comportement pleinement identifiés par les élèves :
Comment pouvons-nous nous attendre à ce que les élèves identifient de manière claire ce qui correspond à des exemples de réussite ?
Quels exemples pouvons-nous trouver du comportement que nous voulons encourager, et comment pouvons-nous les mettre en évidence ?
De quelle manière pouvons-nous utiliser l’effet d’ancrage pour faire de ce comportement la nouvelle norme ?
L’incitation remplit ces objectifs :
Quels indicateurs peuvent-ils me permettre de dire que l’incitation contribue à l’adoption du comportement donné ?
Quelles données objectives puis-je récolter et analyser ?
Des adaptations sont-elles possibles ou nécessaires si l’amélioration escomptée n’est pas pleinement au rendez-vous ?


