Intérêt de l’intégration d’une pratique de récupération en classe
Activation de l’effet test en classe
Les deux bons moments dans un cours durant lesquels nous pouvons procéder à une pratique de récupération systématique et distribuée sont l’ouverture et la clôture du cours. Lors de ces moments, il n’y a pas de risque d’interférences avec ce qui est à proprement parler enseigné de nouveau. Nous pouvons dès lors pleinement profiter de l’effet test.
Pour des raisons de gestion du temps et d’effet de test anticipé, que nous développons plus bas, il est plus opportun de démarrer en début de séances de cours.
La mise en œuvre de la pratique de récupération en classe ne demande pas beaucoup de créativité ou de temps de préparation. Les questions qu’elle comprend portent sur les contenus enseignés précédemment. L’enseignant doit se concentrer sur les concepts clés qu’il veut que les élèves retirent du cours et retiennent à long terme.
Le format écrit des réponses est également avantageux, car il demande une plus grande implication de la part des élèves et un meilleur bénéfice. Il y a en outre création d’une trace exploitable ultérieurement.
Un facteur important lorsque nous nous engageons dans ce type de processus basé sur la récupération est de bien informer les élèves. Nous devons leur expliquer pourquoi nous allons leur interdire de chercher les réponses dans leurs notes de cours ou leurs manuels. En effet, les laisser agir de la sorte annihilerait l’essentiel du bénéfice de l’effet test pour une mémorisation renforcée et durable.
Nous devons leur expliquer que nous les aidons à consolider des connaissances. Cela ne leur sera bénéfique que s’ils prennent le temps de puiser ces informations dans leur mémoire à long terme et non sur un support externe.
Même si les élèves ne se souviennent que de la moitié des réponses, ce sera plus utile que de les laisser chercher dans leurs feuilles de notes.
Il est utile de créer, de trouver ou de construire à plusieurs une réserve de questions aussi diversifiée que possible et recouvrant toute la matière que nous souhaitons qu’ils apprennent durablement.
La fréquence est importante, plus les élèves pratiquent la récupération, mieux ils apprennent. La fréquence est importante. La façon la plus simple de mettre en place une pratique fréquente est de faire des quiz réguliers. Nous ne devons pas hésiter à en faire un à chaque cours.
Quel que soit le type de tâches impliquant de la mémorisation que nous demandons à nos élèves lors de nos évaluations à enjeux élevés, elles devraient apparaître également dans la pratique de récupération que nous mobilisons.
Il est pareillement important que les questions de récupération impliquent de la réflexion ou de l’élaboration avec des situations en partie nouvelles. Nous nous souvenons de ce à quoi nous pensons.
La nature de l’effet de test anticipé
Plus méconnu que l’effet test, l’effet de test anticipé est une bonne raison supplémentaire de commencer un cours par un quiz sur des apprentissages antérieurs.
L’effet de test anticipé (forward testing effect) est également connu sous le nom de nouvel apprentissage potentialisé par le test (potentiated new learning). Il suggère que le fait d’engager des élèves dans une pratique de récupération au sujet de contenus antérieurs peut améliorer l’apprentissage de nouveaux contenus enseignés dans la foulée du cours. C’est un effet de moindre ampleur, mais complémentaire à l’effet test.
Des données probantes pour l’effet de test anticipé
La première étude documentée à observer l’effet de test anticipé a été menée en 1974 par Tulving et Watkins, qui ont observé que le test d’une liste de mots améliorait le rappel d’une autre liste, différente.
D’autres études portant sur des paires de mots, menées par Szpunar, McDermott et Roediger en 2008, ont abouti à des résultats similaires. Les participants testés sur une liste de mots ont obtenu de bien meilleurs résultats lors d’une tâche de rappel portant sur une liste complètement différente. Ceux qui n’ont réétudié que cette liste ou qui ont effectué une tâche de remplissage ont eu des résultats moindres. Ces résultats ont également été reproduits par Wahlheim, qui a utilisé une méthodologie similaire en 2015, et qui a observé un fort effet de test anticipé.
Chan, Manley, Davis et Szpunar ont confirmé ces résultats en 2018. Ils ont spécifiquement cherché à savoir si l’effet de test anticipé persistait après différents délais. Dans leur expérience, les participants ont étudié trois listes de mots. Il y avait trois groupes ; les participants ont soit réétudié ces mots, soit complété des problèmes mathématiques, soit été testés sur les mots. Les participants ont ensuite reçu une quatrième liste de mots et ont effectué un test de rappel libre. Ils ont constaté que ceux qui avaient été testés sur les listes 1 à 3 se souvenaient mieux de la liste 4, quel que soit le délai.
Des preuves sur l’intérêt de tests durant les cours
En 2013, Szpunar, Khan et Schacter ont réalisé une étude portant sur des cours magistraux en vidéo. Ils ont constaté que lorsque des étudiants qui regardaient des cours magistraux incorporant des temps de test sur des contenus antérieurs, cela favorisait un nouvel apprentissage. En outre, ils ont observé que ces étudiants avaient l’esprit moins à la dérive et qu’ils réfléchissaient davantage au contenu pendant toute la durée du cours. Une autre étude a été menée par Jing, Szpunar et Schacter en 2016. Elle a révélé que les participants qui ont été testés tout au long d’un cours vidéo ont obtenu de bien meilleurs résultats à un test cumulatif à la fin du cours que ceux qui n’ont pas été testés.
Dans l’ensemble, ces différentes études ont fourni des preuves solides. Elles suggèrent que les tests intégrés à un cours premièrement facilitent le rappel des contenus testés. Deuxièmement, ils stimulent également l’apprentissage ultérieur de nouveaux contenus fournissant. Elles apportent des preuves de le la pertinence de l’effet de test et de l’effet de test anticipé.


