Six propriétés de la perspective écologique de la gestion de classe
Six propriétés en gestion de classe influencent les comportements de l’enseignant et de ses élèves (Doyle, 1986 & 2006). Cela se produit indépendamment de la façon dont les élèves sont organisés pour l’apprentissage ou de la pédagogie adoptée par l’enseignant. Les éléments essentiels que ces six propriétés recouvrent sont en place à partir du moment où les enseignants et les élèves entrent en classe.
1) La multidimensionnalité
La classe est un lieu densément peuplé d’élèves ayant chacun des préférences, des caractéristiques et des capacités différentes.
L’enseignant et ses élèves ont des rôles et des attentes qui peuvent diverger.
Les élèves ont à leur disposition une quantité limitée de ressources cognitives et motivationnelles pour atteindre des objectifs d’apprentissage.
De nombreux événements ont lieu dans une classe et diverses tâches y sont exécutées.
Les tâches doivent être planifiées pour répondre :
À la progression tout au long de l’année
Aux ressources cognitives et aux capacités différentes des élèves.
Un événement qui a lieu dans la classe est susceptible d’avoir de multiples conséquences. Les choix que pose l’enseignant dans ses actions et décisions ne sont jamais simples.
2) La simultanéité
Beaucoup d’événements et d’actions ont lieu en même temps et parallèlement dans une classe.
Lorsque l’enseignant donne cours, fournissant des explications et interagissant avec ses élèves, il doit demeurer vigilant sur ce qui se passe dans toute la classe.
Concrètement, l’enseignant gère différentes tâches en même temps. Le mode multitâche n’étant pas possible, il garde toutefois son attention activée en permanence afin de détecter tout signe avant-coureur.
Certaines tâches sont sous le contrôle de l’enseignant :
Il enseigne.
Il pose des questions puis écoute les réponses.
Il distribue la parole.
Il contrôle sa planification et anticipe les prochaines activités.
Différents événements se produisent en classe de manière aléatoire :
Il contrôle la qualité des réponses de ses élèves et adapte son cours et sa planification en fonction des problèmes qu’il décèle.
Il prend acte des demandes d’aide et décide quand y répondre.
Il gère les interruptions et l’utilisation du temps restant.
Il observe tous les élèves pour déceler tout signe non verbal de compréhension, de distraction ou de confusion.
Il veille au rythme du cours.
.
Lorsque la classe est divisée en petits groupes, le nombre d’événements simultanés augmente, et l’enseignant doit surveiller et réguler plusieurs activités différentes à la fois.
3) L’immédiateté
Les événements se succèdent à un rythme effréné dans la classe.
Des chercheurs ont estimé qu’un enseignant du primaire a plus de 500 échanges avec des élèves individuels au cours d’une seule journée. Il est susceptible de leur adresser soit un renforcement positif, soit une réprimande en moyenne 87 fois par jour.
Kounin (1970) a constaté que l’ordre dans la classe dépendait du rythme des activités et de la fluidité des transitions en classe.
Dans la plupart des cas, les enseignants ont peu de temps libre pour réfléchir avant d’agir. Beaucoup de décisions sont prises dans l’urgence.
4) L’imprévisibilité
Certains événements en classe prennent régulièrement une tournure inattendue et celle-ci ne peut toujours être pleinement anticipée même lorsque l’enseignant est expérimenté
Les sources de distractions et les interruptions sont fréquentes et régulièrement aléatoires.
Les événements sont produits conjointement et il est donc souvent difficile de prévoir comment une activité se déroulera un jour donné avec un groupe d’élèves particulier.
La meilleure planification qui soit ne pourra jamais éliminer totalement la nécessité d’adapter et d’improviser en fonction des difficultés qui apparaissent. Ceci se fait au départ de l’expertise de l’enseignant mais il peut également devoir décider dans l’incertitude.
5) La visibilité
Les classes sont des lieux publics. L’enseignant est en grande partie sur scène. Les événements, en particulier ceux impliquant l’enseignant, sont souvent suivis par la majorité des élèves. Chaque élève peut voir comment les autres élèves sont traités et se comportent.
Certaines interactions entre élèves qui sortent du cadre attendu peuvent être elles-mêmes publiques. Si un enseignant ne remarque pas qu’un élève enfreint une règle ou réprimande un élève innocent, toute la classe apprend des informations importantes sur le manque de vigilance ou de compétences en gestion de classe de l’enseignant.
De plus, le public d’une perturbation peut encourager indirectement ou directement les élèves en cause à poursuivre. Il peut également se joindre à eux une fois que la perturbation a commencé et ainsi amplifier l’effet d’une perturbation.
6) L’historicité
Chaque geste, chaque événement en classe a potentiellement un impact éventuel à long terme, sur les comportements futurs.
Les classes se réunissent cinq jours par semaine pendant plusieurs mois et accumulent un ensemble commun d’expériences, de routines et de normes. Celles-ci constituent une base pour la conduite des activités et le fonctionnement ultérieurs de la classe.
Les premiers cours façonnent souvent les événements pour le reste de l’année. Les routines et les normes sont alors établies pour le comportement, que ce soit l’enseignant qui les enseigne ou que les élèves les établissent par défaut.
Les élèves communiquent entre eux de ce qui se passe en classe à l’extérieur de la classe. Et cela peut influencer leurs attributions et interprétations d’évènements qui s’y sont déroulés.


